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Il y a parfois, dans une boîte à souvenirs, des objets qui semblent n'avoir aucune importance. Une photographie, une carte postale, un dessin… ou un petit carnet de bal.
C'est exactement ce qui m'est arrivé en ouvrant une enveloppe conservée par ma grand-mère paternelle, Monique Bizot (1917-2003). Sur cette enveloppe, elle avait simplement inscrit :
« Souvenirs autour de 1900 – Pastel de M. Gass, père de M.-L. Le Q...... (amie). »
À l'intérieur se trouvaient plusieurs objets anciens : un pastel attribué à Monsieur Gass, quelques cartes postales anciennes et un carnet de bal daté du 23 décembre 1899.
Un carnet dont personne ne connaît le propriétaire
Au départ, je pensais naturellement que ce carnet appartenait à ma famille.
Pourtant, les prénoms inscrits à l'intérieur ne correspondaient à aucun de mes ancêtres. Plus je consultais mon arbre généalogique, plus cette hypothèse s'éloignait.
Une autre possibilité s'est alors imposée : et si ce carnet n'avait jamais appartenu à ma grand-mère ?
Après tout, elle avait elle-même indiqué que ces objets étaient liés à M-L L.... Q, qu'elle considérait comme une amie.
Le carnet aurait donc très bien pu lui avoir été confié avec d'autres souvenirs.
Une simple annotation qui change tout
L'enveloppe contient également une carte postale mentionnant Madame L. Q...... à Machault (Seine-et-Marne).
En poursuivant mes recherches, j'ai retrouvé l'acte de naissance de M. L Gass, née à Paris le 23 août 1924, ainsi que son acte de décès à Melun en 2013. Son père est Charles Louis Gass, né à Machault le 16 mars 1880.
Puis une découverte inattendue est venue renforcer cette piste.
En consultant une publication mise en ligne par L. L. Q......., parti à la recherche de ses origines familiales, j'ai appris que sa grand-mère était justement "la" M-L de ma grand-mère, ayant vécu à Machault.
Le rapprochement est troublant.
Le lieu, le nom de famille et les annotations conservées par ma grand-mère convergent tous vers une même famille.
Sans constituer une preuve absolue, ces éléments rendent très probable avec le pastel et les cartes postales proviennent bien de cette branche familiale.
Et le carnet de bal ?
C'est ici que l'enquête devient plus complexe.
Le carnet est daté du 23 décembre 1899, soit vingt-cinq ans avant la naissance de M. L.
Il ne pouvait donc pas lui appartenir.
J'ai longtemps pensé qu'il avait pu être celui de sa mère ou d'une autre femme de la famille.
Mais cette hypothèse n'est pas la seule.
En effet, si les carnets de bal étaient principalement destinés aux jeunes femmes qui y notaient le nom de leurs cavaliers, certaines associations distribuaient également des carnets ou programmes aux hommes.
Autrement dit, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que le propriétaire était une femme.
Cette possibilité change complètement la manière d'aborder les recherches.
Le bal du 23 décembre 1899
Le carnet concerne le bal annuel de l'Association des anciens élèves des écoles des rues des Fourneaux et Corbon, dans le 15ᵉ arrondissement de Paris.
Ces écoles, construites dans les années 1890, comptaient une école de garçons et une école de filles. Elles disposaient d'une association particulièrement active qui organisait fêtes, bals et rencontres entre anciens élèves.
Si le propriétaire du carnet était bien un ancien élève, cela ouvre une piste de recherche particulièrement intéressante.
Charles Gass, un indice supplémentaire ?
Le père de M. L., Charles Louis Gass, exerçait la profession de rédacteur au ministère des Finances.
À cette époque, cette fonction nécessitait une bonne instruction et la réussite d'un concours administratif. Ce profil correspond assez bien au milieu des associations d'anciens élèves qui valorisaient l'éducation et les réseaux scolaires mais je ne sais pas encore s'il a étudié à Paris.
Reste une question essentielle : Charles Gass a t'il vécu à Paris ? et plus précisément dans le 15ᵉ arrondissement, à la fin des années 1890 ?
Si la réponse est oui, le lien avec le carnet deviendrait particulièrement intéressant.
Une enquête qui continue
Aujourd'hui, je n'ai pas encore identifié le propriétaire de ce carnet de bal.
Mais cette recherche m'a déjà permis de retrouver une famille, de reconstituer une partie de son histoire et de donner un contexte à des objets qui, sans cela, seraient restés anonymes.
C'est aussi ce qui rend la généalogie si passionnante : une simple annotation écrite au crayon il y a plusieurs décennies peut conduire, des années plus tard, à une véritable enquête historique.
L'histoire de ce carnet n'est donc pas terminée.
Au contraire, elle ne fait que commencer.