Introduction
Augustin Paterni, mon arrière-grand-oncle, est né en 1865 à Venzolasca, en Corse. Dans la famille, on raconte qu'il est mort vers 1911, quelque part loin de l'île. Pendant longtemps, j'ai cru qu'il était parti en Algérie. Il a fallu que je cherche... chez son fils, mon grand-oncle mais surtout mon grand-père de coeur qui à élevé ma maman, mon "pépé".
1. Le réflexe du généalogiste : chercher chez les descendants
Quand on ne trouve pas l'acte d'un ancêtre, on regarde ses enfants. Leurs actes citent les parents, les lieux, parfois les professions. J'ai obtenu l'acte de décès de Jean Antoine Paterni, mort à Fontainebleau en 1991, ce n'était pas difficile pour moi car pépé est décédé chez moi d'une longue maladie. Il y est dit né à Venzolasca le 17 août 1908, fils d'Augustin Paterni et de Lucie Vittori. Ce détail confirme la filiation. Mais le plus intéressant se trouve dans un autre document.
2. Un acte de naissance qui n'existe pas
La naissance de Jean Antoine n'avait jamais été inscrite sur les registres de Venzolasca. En 1974, à la requête du procureur, le tribunal de grande instance de Bastia a rendu un jugement supplétif : ce jugement tient lieu d'acte de naissance, a été transcrit sur les registres de la commune, et une mention a été portée en marge de l'année 1908.
Le jugement raconte son histoire :
- un acte de notoriété avait été dressé en 1922 ;
- selon l'acte de baptême, le sacrement lui a été administré le 1er janvier 1909, alors qu'il avait environ huit mois, ce qui le ferait naître vers mai 1908 ;
- sept témoins et sa grand-mère ont pourtant affirmé le 17 août 1908, et le tribunal a retenu cette date.
Première leçon : une date de naissance « officielle » n'est pas toujours la date réelle. Quand on trouve un décalage, il faut croiser les sources.
3. La phrase qui change tout
Dans les attendus, le jugement précise qu'à l'époque de l'acte de notoriété, la mère de l'enfant était décédée, tandis que son père « s'était expatrié au Maroc ». C'est le premier indice écrit qui confirme la destination d'Augustin.
4. Faut-il revoir la date de 1911 ?
Le jugement ne dit pas qu'Augustin était mort : il dit seulement qu'il était parti au Maroc. Et Jean Antoine est né en 1908 et baptisé début 1909, donc le départ date au plus tôt de 1909. La date de décès « vers 1911 », transmise par la famille, est peut-être fausse. Je vais donc chercher au Maroc bien au-delà de 1911.
5. Chercher un Français au Maroc
C'est ici que l'état civil consulaire entre en jeu :
- avant 1912, le Maroc est un pays étranger : les actes sont dressés par les consulats de France (Tanger, Casablanca, Mazagan, Mogador, Larache, Fès, etc.) ;
- à partir de 1912, le protectorat s'installe, et les actes des Français restent centralisés par le ministère des Affaires étrangères ;
- dans les deux cas, les registres sont conservés aux Archives diplomatiques de Nantes, et les actes de plus de 100 ans se demandent par un formulaire en ligne ;
- le Service central d'état civil (SCEC) de Nantes traite aussi les demandes d'actes transcrits.
6. Mon plan d'enquête
- Sa fiche matricule (classe 1885, Haute-Corse), qui peut mentionner le Maroc.
- Les registres d'immatriculation des Français dans les consulats.
- Les journaux marocains de l'époque (Gallica, Retronews).
- Une demande aux Archives diplomatiques, avec les variantes Paterni, Paterny, Patterni.
Conclusion
Un acte de naissance manquant, un jugement de 1974, et voilà une piste qui n'existait pas il y a un mois. Si vous cherchez un ancêtre qui a quitté son village, regardez ses enfants : ils ont souvent laissé les indices que lui n'a pas laissés. Racontez-moi en commentaire quel ancêtre vous résiste.
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